Restitution du crâne de Bocar Biro: Les institutions du patrimoine saluent la demande de la Guinée

Publié le : 12/08/26 - 19:36

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Texte par : David Grandet

Annoncée le jeudi 6 août 2026 par Radio France Internationale (RFI), la demande officielle adressée par la Guinée à la France pour la restitution du crâne de l’almamy Bocar Biro Barry et de trois de ses proches est accueillie avec une profonde satisfaction par les dirigeants d’institutions de sauvegarde du patrimoine.

La notabilité coutumière et religieuse, les gardiens de la mémoire du Fouta-Djalon, ainsi que les conservateurs de musées saluent unanimement une décision majeure.

Celle-ci fait suite à la première requête formulée à la mi-juillet concernant les objets personnels de l’almamy Samory Touré.

« Depuis la mi-juillet, nous avions déjà transmis une demande à la France portant sur les objets personnels de l’almamy Samory Touré. Des recherches complémentaires ont ensuite été menées, à notre initiative, au sujet du crâne de l’almamy Bocar Biro Barry et de ses compagnons. C’est à la fin du mois de juillet que la partie française nous a informés que ces crânes avaient été identifiés. Dès lors, nous avons introduit la demande officielle de restitution », a précisé à RFI le ministre guinéen de la Culture, du Patrimoine historique et du Tourisme, Moussa Moïse Sylla.

Le crâne de Bocar Biro Barry, dernier almamy du Fouta-Djalon théocratique, fut tranché en 1896 au terme de la tragique bataille de Porédaka.

« Les forces coloniales françaises ont fait de ce crâne un trophée de guerre avant de l'emporter en métropole, ce qui constituait une pratique courante à l'époque », rappelle Mohamed Amirou Conté, qui dirige le Musée national de Guinée à Conakry et siège au comité scientifique.

Aujourd'hui conservée au Musée de l'Homme à Paris, la dépouille mortuaire pourrait être restituée à la Guinée dans les prochains mois. La France a déjà initié des démarches similaires en rétrocédant une vingtaine de crânes à l’Algérie en 2020, ainsi que trois autres à Madagascar l’an dernier.

Le Musée du Fouta salue une décision historique

Du côté des institutions de terrain, la direction du Musée du Fouta-Djalon portée par l’écrivaine et poétesse Koumanthio Zeinab Diallo et l’historien Pr Bonata Dieng exprime une vive émotion.

En devoir de mémoire vis-à-vis de l’éditorial du journal Le Populaire paru le 1ᵉʳ septembre 2025, la direction du Musée du Fouta formule la déclaration solennelle selon laquelle « c’est une actualité qui nous comble et qui honorera notre vaillant ministre de la Culture. Il aura bien mérité les glorieuses strophes chantées de notre Hymne national, celui de notre chère Guinée, fière et jeune. Du haut du vestibule d'où ils scrutent le passé, les conservateurs du patrimoine confirment que la plus valeurseuse conscience humaine, plus que l'or et l'argent, plus que le pouvoir et le vouloir, les Braves et leur Bravoure sont impérissables. Tels le sont le Saint Coran — souillé lors de la capture à Guélémou le 28 septembre 1898 de l'Empereur Samory Touré — et la tête couronnée de l'Almamy Boubacar Biro Barry décapité à Bottoré-Porédaka le 26 novembre 1896. Le Musée du Fouta souhaite que leur restitution par la France honore et réconcilie. »

Le Pr Bonata Dieng a tenu à adresser un hommage direct aux autorités engagées dans la démarche, déclarant ainsi « je ne saurais terminer sans tirer mon chapeau et dire bravo à M. Moussa Moïse Sylla, le jeune et brave ministre qui porte si bien son nom biblique de "Sauvé", sous l'autorité de Son Excellence le Président Mamadi Doumbouya, héritier de nos illustres aïeux qui se sont sacrifiés pour la gloire et la dignité de la Guinée. »

S'agissant du traitement réservé à ces reliques à leur retour sur le sol national, les acteurs du patrimoine s'accordent sur un principe fondamental, à savoir que la Guinée privilégiera l'inhumation plutôt que l'exposition muséale.

« Exposer un crâne ne correspond pas à nos usages. Chez nous, les restes humains sont enterrés dignement ; les exposer dans un musée ne relève ni de nos traditions ni de notre culture », indique à RFI Mohamed Amirou Conté.

Rejoint sur cette position, le Pr Bonata Dieng souligne depuis Labé que M. Conté exprime une vision largement partagée par la population, ajoutant que « selon la tradition et les croyances de la majorité des Guinéens, les restes humains doivent être restitués à la terre. »

Cette avancée diplomatique et culturelle s'inscrit dans le sillage d'une forte mobilisation citoyenne et médiatique. Dès le 1ᵉʳ septembre 2025, l’éditorialiste guinéen Alpha Abdoulaye Diallo avait lancé un appel remarqué dans le journal Le Populaire, à travers un article qui s'intitule « Le crâne de Bocar Biro doit être réclamé ».

Récipiendaire du Prix de l’engagement démocratique et civique lors du Forum des Alumni USA-Guinée 2025, le journaliste exhortait les pouvoirs publics à réclamer ce symbole de la résistance en rappelant que « nos ancêtres, ces cavaliers fiers à l’image du mien, Thierno Oury Bara’at de Karakan, ont combattu pour défendre un royaume théocratique, symbole de notre histoire et de notre fierté. Et aujourd’hui, nous réclamons la restitution du crâne décapité de l’almamy Biro, comme si la mémoire pouvait ainsi être rachetée... Le crâne de notre héros doit retrouver sa place parmi nous, pour que justice soit faite. »

Au-delà de la portée symbolique et mémorielle, cette démarche soulève la question de l’adaptation des structures culturelles guinéennes.

« Les institutions de sauvegarde et de conservation du patrimoine font face au défi majeur de moderniser leurs espaces d’accueil et leurs équipements », rappelle le Pr Bonata Dieng, qui note également que le pays ne dispose pas à ce jour de l'ensemble des moyens techniques requis pour la conservation prolongée de restes humains en milieu muséal.

Le chercheur salue enfin la nouvelle orientation des autorités françaises, estimant qu'elle s'inscrit dans l'esprit de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen. L’adoption par la France d'une loi-cadre sur la restitution des biens culturels acquis durant la période coloniale offre désormais le fondement juridique nécessaire au retour définitif de ces trésors d'Histoire sur le continent.


David Grandet


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