En réponse à l’opposition qui dénonce la confiscation des libertés et des droits humains depuis le coup d’État de 2021, le président guinéen, le Général Mamadi Doumbouya, s'est figé dans une posture résolument souverainiste lors de son adresse à la Nation, à l'occasion du 68e anniversaire de l'indépendance de son pays. Répondant indirectement à Cellou Dalein Diallo, qui affirme que les Guinéens « ne sont plus des hommes libres » et appelle à résister face à la dictature, l'homme fort de Conakry a soutenu qu'il incarne une Guinée ayant choisi la liberté vis-à-vis des puissances occidentales.
Nostalgique du choix historique fait en 1958 par Sékou Touré de quitter la communauté française pour revendiquer l’indépendance, le Général Doumbouya a déroulé l'histoire :
« Mes chers compatriotes, Peuple souverain de la République de Guinée, il y a 68 ans, un peuple s'est levé. Un peuple sans armée, puissant, sans richesses accumulées, sans protecteur ; un peuple qui n'avait pour lui que sa dignité, son courage et sa foi en lui-même. Et ce peuple a osé dire non : non à la soumission, non à la tutelle, non à l'humiliation. Le 2 octobre 1958, la Guinée a choisi la liberté et elle a ouvert à toute l'Afrique le chemin de la souveraineté politique et économique pleinement assumée. [...] Ce choix, mes chers compatriotes, coule encore dans nos veines », a-t-il martelé.
Disant s'inscrire dans la continuité de ce combat, il estime que le passé doit nourrir le présent : « Aujourd'hui, pour la première fois sous la Vème République, nous célébrons ensemble cette souveraineté conquise. Je veux que ce jour soit plus qu'une commémoration, je veux qu'il soit un serment. » Pour appuyer son propos, le président a invoqué les grandes figures de la résistance à la conquête coloniale.
Il a ensuite lancé un appel vibrant à la jeunesse, qu'il qualifie de « plus grande richesse du patrimoine national », l'invitant à épouser sa vision d'une Guinée qui « ne tend plus la main ». En exhortant les jeunes à renoncer à l'immigration clandestine et à l'exil pour faire valoir leurs compétences sur place, il leur a promis un avenir meilleur. Surtout, le chef de l'État a affirmé qu'il n'entend pas céder les richesses naturelles du pays aux puissances étrangères qui se les disputent.
« Ton avenir est ici, en République de Guinée. Ta place est ici. [...] Dans ce monde, une nation qui ne maîtrise pas ses richesses, qui ne forme pas ses enfants et qui ne décide pas elle-même de son destin est condamnée à subir. La Guinée ne subira plus. C'est le sens profond du programme Simandou 2040 », a-t-il lancé, présentant l'initiative « Simandou Academy » comme la clé pour transformer les ressources minières en richesses humaines, tout en reconnaissant les doutes légitimes qui habitent la jeunesse dans le contexte actuel.
En fin stratège, Mamadi Doumbouya souffle le chaud et le froid diplomatique. S'il s'est montré ferme sur les ressources, il a tout de même salué les membres du corps diplomatique et les nations partenaires qui accompagnent la Guinée « dans le respect mutuel et la souveraineté de chacun ». Enfin, il a adressé un clin d'œil appuyé à l'Armée — pilier de son pouvoir — ainsi qu'à la diaspora guinéenne, qu'il courtise assidûment.
En définitive, Mamadi Doumbouya s'est positionné en rassembleur, plaidant auprès du peuple dans un élan patriotique pour obtenir sa confiance. Toutefois, ce discours mémoriel et souverainiste suffira-t-il à rallier définitivement les Guinéens à la cause de l'ex-junte ?
Jean Bédhelle


