COTE D'IVOIRE / ACCUSÉ DE « TRAITRE » AVANT SON RETOUR EN COTE D’IVOIRE, BLÉ GOUDÉ: « LES PARTISANS DE LAURENT GBAGBO DEVRAIENT ME REMERCIER »

Publié le : 25/11/22 - 12:55

Responsive image

Texte par : Ibrahima Tello Ba

Le grand retour pour Charles Blé Goudé de est plus qu’acté. Avant son atterrissage à Abidjan l’ex-leader de la jeunesse patriotique s’est prêté aux questions dse RFI sous la houlette du confrère Christophe Boisbouvier.

Lire l’entretien

RFI: Charles Blé Goudé en Côte  d’Ivoire bonjour, votre entourage annonce que votre retour sera sobre. Or vous n'avez pas toujours fait dans la sobriété. On se souvient de vos discours enflammés, est-ce que vous avez changez?

Charles Blé Goudé: On va dire que sortir de la prison avec toutes ces douleurs, avec toutes ces expériences, j'en ai tiré des leçons et on va dire que j'ai mûri. Quand les rythmes des tam-tams changent, il faut aussi changer la manier de danser. J'ai décidé de rentrer dans la sobriété en respect pour la mémoire de toutes les victimes sans distinction de crise au nom de laquelle j'ai été transféré ici à la CPI ( Cour Pénale Internationale). C'est ma manière à moi de compatir. Je pense qu'ils ont de compassion.

RFI: C'est vrai que pendant la crise meurtrière de 2010-2011 vous avez été l'un des grands orateurs du camp Gbagbo, qu'est-ce que vous dites aujourd'hui aux familles des 3 000 ivoiriens sont morts à cette époque ?

Charles Blé Goudé : Y en a certainement eu plus que ça. J'ai un message non seulement pour les victimes, mais j'ai un message pour la classe et les ivoiriens aussi que je vais leur livrer à partir de l'aéroport. Dès que donc je vais fouler le sol ivoirien.

RFI: Est ce que vous avez des regrets par rapport à tout ce que vous avez fait, tout ce que vous avez dit à l'époque ?

Charles Blé Goudé : Écoutez je suis venu ici c'est un objet d'un procès. Aujourd'hui le plus important, c'est comment nous tournons cette page là. La Côte d'Ivoire a connu une crise, le plus important ce sont les leçons qu'on en tire. Si nous voulons bâtir une communauté de destin, nous allons donc avancer  dans le respect de nos différences.

Est-ce que j'ai des regrets? Oui. Ce que j'ai fais quand j'avais 28 ans, quand j'avais 30 ans, ce n'est pas ce que je peux faire quand j'ai 50 ans. Je suis maintenant un Monsieur. Je ne suis plus un jeune homme. Je pense que dans mes postures, dans mes démarches et dans mes propos, je dirai les choses autrement que je les ai dites hier par ce que les besoins on changé, les mentalités ont changé, la situation elle même. Nous aussi nous devons changer.

RFI: Vous avez été un trop, un peu toueux à l'époque ?

Charles Blé Goudé : Oui. J'étais jeune et la situation qui était là était une situation précaire. Il y avait une rébellion. Aujourd'hui, il s'agit de faire en sorte que les institutions puisse marcher, les ivoiriens puisse se parler à nouveau en regardant dans la même direction c'est-à-dire construire la Côte d'Ivoire.

RFI: Le moment fort de ce samedi, ça sera vous l'avez dit hein, c'est la rencontre avec vos partisans à Yopougon, vous voudriez dire quelques mots, qu'est-ce que vous direz justement ?

Charles Blé Goudé : Je pense que ce n'est pas un meeting que je vais faire. Non. C'est un moment dont mes partisans avec beaucoup d'ivoiriens aussi ont partagé ma cause. Ils ont beaucoup rêvé de ce moment. C'était important pour moi que je les vois et ils me voient , qu'on se parle.

Vous avez dit, le plus important pour moi, c'est mon message depuis l'aéroport. Le message aux ivoiriens, le message à la classe politique, le message aux victimes.

Mais la sobriété par laquelle je rentre est déjà un message.

RFI: Alors, en votre absence Charles Blé Goudé, vous avez été condamné par le justice ivoirienne à 20 ans de prison, est-ce que vous avez eu l'assurance écrite des autorités ivoiriennes que vous n'irez pas en prison ?

Charles Blé Goudé : Écoutez. On peut même vous écrire l'assurance, on peut vous donner tous les documents que vous voulez et puis à l'arrivée on peut vous arrêter. Mais ce n'est pas de ce la qu'il s'agit aujourd'hui. Les autorités ivoiriennes sont dans une logique de tourner cette page la et d'apaiser la situation. C'est dans ce cadre la que le Chef de l'État a autorisé à ce que je rentre en Côte d'Ivoire.

Je respecte les institutions de mon pays et je suis à la disposition des autorités. Mais je crois que, en rentrant en Côte d'Ivoire, c'est un pas qui est encore posé et cette étape là c'est de tourner la page de la crise ivoirienne. C'est dans ce contexte la que je rentre en Côte d'Ivoire.

RFI: Ah oui. Donc vous avez un accord tacite des autorités ivoiriennes pour que vous n'allez pas en prison à votre retour ?

Charles Blé Goudé : Entre tout cas tel que les choses se passent et de ce que je sis, il n'est pas question d'emprisonnement. Le Président de la République en demandant de rentrer en Côte d'Ivoire n'est pas du tout dans cette logique. D'autres personnes condamnées avant moi sont rentrées et pour tant étaient condamnées à 20 ans et ces personnalités jouissent aujourd'hui de leur liberté en Côte d'Ivoire. Eh ça sera certainement la même chose pour moi.

RFI: Eh vous pensez certainement à Laurent Gbagbo...sur le plan juridique Charles Blé Goudé, est ce que vous souhaitez une grâce présidentielle ou une Amnesty ?

Charles Blé Goudé : Je ne suis pas pressé encore de ces questions. Le plus important ce n'est pas ma personne. Les ivoiriens sont morts nous allons parler de tous cela enfin on parler de moi.

RFI: Entre Laurent Gbagbo et vous Charles Blé Goudé les relations sont fortes hein, vous  l'appelez même votre père. Mais aujourd'hui les gens semble distendu entre vous. Est ce que c'est vrai que vous vous n'êtes pas appeler au téléphone depuis d'un an?

Charles Blé Goudé : Les gens parlent beaucoup des relations entre Laurent Gbagbo et moi, d'autres annoncent même divorce d'un mariage auquel ils n'ont pas participé. Je n'ai pas de problème du tout avec le Président Laurent Gbagbo et on aura l'occasion de se parler. Vous avez dit que je l'appelle père. On ne parle pas des relations avec son père sur les antennes. Monsieur regardez et écoutez le procès qui a lieu en Guinée quand vous avez fini d'écouter Monsieur Toumba de ce qu'il fait de son ancien patron et vous me faites ce la en parallèle avec la posture de Blé Goudé à la CPI, je pense que les partisans de Laurent Gbagbo devaient simplement me dire merci.

RFI: Alors justement, ce n'est pas le cas en ce moment Charles Blé Goudé, ils ont plutôt la tendance de vous considérez, vous parlez de Toumba Diakité comme un traite depuis que vous avez  créé formellement votre parti politique le COGEP et que vous avez refusé d'entrer dans celui de Laurent Gbagbo le PPA-CI, l'État major de ce dernier parti affirme que vous êtes un adversaire politique de Laurent Gbagbo ?

Charles Blé Goudé : Mais pour moi, tous les partisans du Président Laurent Gbagbo, ses collaborateurs et moi nous avons partager des douleurs: les douleurs de la crise, les douleurs de la prison. Je crois pas que un parti politique soit au dessus des ces moments qu'on a partagé. J'aurai le temps de parler avec eux. Moi je les considère comme mes camarades.

La Côte d'Ivoire n'a plus besoin de confrontation. Je serai présent là où on parlerait d'amour.

RFI: Donc vous n'êtes pas l'adversaire politique de Laurent Gbagbo ?

Charles Blé Goudé : Je ne serai jamais l'adversaire politique de Laurent Gbagbo. Quelqu'un avec j'ai partagé la douleur de la prison.

RFI: Oui, mais tout de même Charles Blé Goudé, il y a la logique de la politique. Vous ne cachez pas votre ambition de devenir un jour Président de la République. Laurent Gbagbo semble de plus en plus tenté de revenir lui aussi comme Présidant un jour de la Côte d'Ivoire. Si vous êtes tous les deux candidat à la présidentielle de 2025, est ce que vous n'êtes pas naturellement des adversaires politique?

Charles Blé Goudé : Nous sommes en 2022. En politique, ce qui est vrai aujourd'hui n'est pas forcément vrai demain et je pense qu'il ne faut pas être pressé. Le temps nous dira le reste. Mais moi, je ne suis pas un adversaire de camp Laurent Gbagbo. Voilà.

RFI : Est ce pour cela que vous voulez le rencontrer à votre retour pour un modus vivendi entre vous deux?

Charles Blé Goudé : Non. Je rencontrerai tout le monde y compris le Président Laurent Gbagbo. Mais lui, vu la particularité que nous avons partagé ensemble. Je pense qu'il est important que je le rencontre pour qu'on discute. Mais le plus important pour moi, c'est d'abord pleurer mes parents que j'ai perdu quand j'étais ici. Mon père est mort derrière moi. Tous mes frères ont disparu derrière moi. Quand je fini de tout cela j'aurai le temps de parler politique.

RFI: L'un de vos émissaires a déjà demandé l'audience auprès de l'ancien Président Laurent Gbagbo. Est-ce que un rendez-vous est déjà pour vous?

Charles Blé Goudé : Pas encore. Tout comme j'ai demandé un rendez-vous pour Président Alassane Ouattara. Il ne faut pas forcer les rendez-vous, il faut penser aux agendas des uns et des autres.

RFI: Que répondez à ceux qui disent que le Président Alassane Ouattara a favorisé votre retour pour affaiblir le camp de Laurent Gbagbo et celui de la gauche ivoirienne ?

Charles Blé Goudé : Et quand il a favorisé le retour de Laurent Gbagbo, le retour de Akissi Beniko, le retour de Koné Katinan, de Damanas Pickass et tous les autres, c'était d'affaiblir qui?

Personne n'a pris lui même son bagage pour aller en Côte d'Ivoire. Mais c'est plutôt en négociant avec les autorités en place que tout ce monde la est rentré en Côte d'Ivoire.

Aujourd'hui c'est mon tour. Pourquoi on veut interpréter ça autrement ?

RFI: Est-ce que aujourd'hui c'est votre tour pour être candidat au prochaine élection présidentielle ?

Charles Blé Goudé : (rire) ne soyez pas pressé. Je rentre en Côte d'Ivoire et j'ai un parti politique qui va se réunir et les décisions qui seront prises seront appliquées.

Interview retranscrite par Ibrahima Tello Ba


Autres Articles